lundi 18 octobre 2010

Condamné à être paralysé par un tribunal saoudien

Amnesty International a exprimé son indignation aux autorités saoudiennes après qu’un homme a été condamné à être paralysé pour avoir causé le même sort à un individu.

Abdul-Aziz al-Mutairi, âgé de 22 ans, avait été poignardé dans le dos durant une rixe en 2008. Son agresseur lui ayant sectionné la moelle épinière, le paralysant à vie, la victime a demandé au juge que sa sanction soit identique à la peine infligée. Une possibilité offerte dans certains cas par la charia, dont le droit saoudien est en partie inspiré.

Le journal Okaz rapporte que le juge a envoyé des missives à de nombreux hôpitaux afin de savoir si une opération visant à paralyser un homme était envisageable. Si l’un des plus réputés a immédiatement fait savoir qu’il n’en était pas question d’un point de vue de l’éthique médicale, au moins un autre aurait donné son accord, selon la publication saoudienne.

Une décision qui révolte Amnesty International. Le responsable du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord de l’organisation déclare ainsi à CNN:

«Ce n’est rien de moins que de la torture [...]. Bien qu’aucun crime ne doive rester impuni, paralyser délibérément un homme de cette manière serait de la torture, et constituerait une violation des obligations internationales du pays en matière de droits de l’homme.»

L’ONG se fonde notamment sur la convention contre la torture et les principes de l’éthique médicale votés par l’ONU, et dont l’Arabie Saoudite est signataire, ajoutant par ailleurs que l’accusé ne disposait pas d’assistance juridique durant le procès. Et d’énumérer des exemples de l’utilisation de la loi du Talion dans le pays: énucléation, extraction de dent, ou encore exécution en cas de meurtre.

L’indignation a également gagné certains blogs locaux, révélant pour CNN la fracture entre les tenants d’une ligne dure partisans d’une justice tribale et les progressistes, pour qui de tels verdicts nuisent profondément à l’image du pays. Une tendance relativement récente, le pouvoir judiciaire étant traditionnellement considéré au-dessus de tout reproche.

Slate

Lundi 23 août 2010
Slate.fr
http://www.slate.fr/lien/26373/arabie-saoudite-justice-paralysie

lundi 6 septembre 2010

Sécurité routière : encore des morts évitables

En France, à la suite de diverses mesures préventives ou répressives, le nombre des accidents mortels sur les routes diminue régulièrement depuis les années 1970 ; mais des morts sont encore évitables.

Selon l’Observatoire national interministériel de sécurité routière, plus de 30 000 personnes ont été tuées sur les routes en France entre 2002 et 2008 (1).
Le nombre annuel de victimes de la route n’a cessé de diminuer depuis 1970 : de plus de 16 000 personnes tuées en 1970 à moins de 4 500 en 2008, grâce notamment aux mesures préventives et répressives mises en place par les pouvoirs publics (2).
En 2008, 96 905 personnes ont été blessées dans 76 767 accidents corporels, soit une baisse de près d’un tiers depuis 2002 (2).
Entre 2000 et 2007, la France est passée du quinzième au onzième rang européen en termes de nombre de personnes tuées par million d’habitants (2).

L’alcool est le premier facteur d’accident mortel.
En 2007, environ 1 000 morts attribuées à l’alcool auraient pu être évitées (3). En 2008, ce nombre a dépassé 1 200 (2).
En 2007, le taux d’alcoolémie des conducteurs était en moyenne de 1,78 g/l lors des accidents mortels, et supérieur à 2 g/l pour plus d’un tiers de ces conducteurs (3).

Autres facteurs : vitesse, défaut de port de la ceinture de sécurité et usage du téléphone.
Selon l’Observatoire, l’installation de radars automatiques et le permis à points, ont modéré le comportement des conducteurs et conduit à une baisse de la vitesse moyenne depuis 2002 (1,2,3). L’Observatoire a estimé que 800 vies auraient pu être sauvées en 2008 si les limitations de vitesse avaient été strictement respectées (2).
Toujours selon l’estimation de l’Observatoire, 400 vies auraient pu être sauvées si le port de la ceinture de sécurité avait été systématique en 2008 (2).
Enfin, la quatrième cause de mortalité sur les routes est de téléphoner au volant, source de distraction (2).

Une attention particulière à porter aux “deux–roues”.
La mortalité des usagers de deux-roues motorisés, notamment chez les 25-44 ans, reste élevée (3). Elle a baissé en 2008, mais avait augmenté en 2007 (2,3).
En 2007, 830 motocyclistes ont été tués sur la route soit 18 % des personnes tuées, alors qu’ils ne représentaient que 1,1 % du trafic (3). La moitié des cyclomoteurs accidentés étaient débridés, ce qui est illégal (4).

Entre effort individuel et actions collectives.
L’objectif annoncé par les pouvoirs publics est d’abaisser à 3 000 le nombre de personnes tuées sur la route en 2012 (4). Mais les chiffres de 2009 marquent un quasi-arrêt des progrès constatés depuis plusieurs années : entre le 1er janvier 2009 et le 1er janvier 2010, 4 241 personnes ont péri sur la route (4).
Les contraintes imposées par les pouvoirs publics en termes de sécurité routière sont parfois critiquées, mais leur effet sur la réduction de la mortalité routière n'est guère discutable. Poursuivre l’effort de sécurité routière est donc préférable (4).
Il reste encore des marges de manœuvre importantes, telles que l'interdiction de tous les moyens permettant aux conducteurs de localiser l’emplacement des radars fixes et mobiles, sans parler de la limitation de la puissance des véhicules à la construction (4).

Prescrire

Extraits de la veille documentaire Prescrire.

1- Observatoire national interministériel de sécurité
routière “La sécurité routière en France. Bilan de
l’année 2008” Conférence de presse Paris juin 2009 :
26 pages.
2- Observatoire national interministériel de sécurité
routière “La sécurité routière en France. Bilan de
l’année 2008” Paris septembre 2009 : 170 pages.
3- Observatoire national interministériel de sécurité
routière “La sécurité routière en France. Bilan de
l’année 2007” Paris décembre 2008 : 270 pages.
4- Got C “Éditorial février 2010” Site www.securite-
routiere.org consulté le 19 avril 2010 : 8 pages.


Juillet 2010
La revue Prescrire
Tome 30 - N° 321 - Page 548

lundi 16 août 2010

Une femme soupçonnée d'adultère exécutée en public par des Talibans

Une Afghane, veuve et enceinte, accusée d'adultère, a été exécutée en public par des Talibans dimanche dans le nord-ouest de l'Afghanistan. Après lui avoir infligé 200 coups de fouet, ses bourreaux lui ont tiré trois balles dans la tête.

AFP - Une Afghane, veuve et enceinte, a été fouettée avant d'être exécutée en public de trois balles à la tête par les talibans qui l'accusaient d'adultère a indiqué lundi à l'AFP la police locale, ce que le commandement des talibans a démenti.
Bibi Sanubar, 35 ans, a été retenue pendant trois jours par des talibans, a reçu 200 coups de fouet, puis a été exécutée en public dans un bastion taliban de la province de Badghis, dans l'ouest de l'Afghanistan, selon Ghulam Mohammad Sayeedi, le numéro 2 de la police provinciale.
Les talibans accusaient la veuve d'adultère.
"Elle a été exécutée de trois balles dans la tête en public alors qu'elle était enceinte", a déclaré M. Sayeedi qui ne précise pas depuis quand elle était veuve.
La victime a été tuée par un commandant taliban local, Mohammad Yousuf. Son corps a ensuite été jeté dans un secteur contrôlé par les forces afghanes de sécurité.
Interrogé par l'AFP, un porte-parole régulier des talibans, Yousuf Ahmadi, a démenti toute implication des talibans et fustigé la "propagande des médias occidentaux".
"Nous n'avons rien fait de la sorte à Badghis ou dans une autre province", a déclaré M. Ahmadi.
Le mouvement des insurgés talibans n'est pas homogène, et des petits groupes talibans peuvent parfaitement agir de manière autonome.
Cette exécution rappelle les procès conduits sous le régime des talibans. Les scènes de lapidation de personnes coupables d'adultère aux yeux des talibans avaient émaillé les années 1996-2001.
Les talibans, qui prônent une application rigoriste de la loi islamique, coupaient mains et pieds aux Afghans reconnus coupables de vol.
Fin décembre 2009, six "espions" afghans avaient été décapités par des talibans dans l'Oruzgan, un fief des insurgés du sud de l'Afghanistan.
Les talibans qualifient d'"espions" à la solde des forces internationales les Afghans qui travaillent pour elles ou ceux qui ont des positions plus modérées que les leurs, y compris chez les rebelles.

Dépêche AFP

Lundi 9 août 2010
France 24
http://www.france24.com/fr/20100809-femme-veuve-enceinte-soupconnee-adultere-executee-public-taliban-afghanistan

lundi 2 août 2010

Ne sacrifiez pas les femmes !

Les Etats-Unis et l'OTAN semblent privilégier une stratégie de réconciliation avec les talibans. Mais les femmes craignent un retour à une privation totale de leurs droits et alertent sur les menaces et meurtres commis dans les régions encore contrôlées par les rebelles.



En Afghanistan, dans les zones tenues par les talibans, les femmes se disent à nouveau inquiétées par les rebelles. Elles reçoivent des lettres les menaçant de mort si elles continuent à exercer librement leur profession. Les défenseurs des droits de l’homme craignent qu’un accord avec les rebelles [tel celui évoqué lors de la Conférence internationale de Kaboul, qui s’est tenue le 20 juillet] ne sacrifie les droits des femmes du pays. Beaucoup pensent qu’elles seront à nouveau réduites à une condition proche de l’esclavage, comme entre 1996 et 2001, lorsque les talibans régnaient sur une grande partie du pays. La guerre se trouve aujourd’hui dans une impasse et les dirigeants afghans et étrangers préparent le terrain pour des pourparlers avec les talibans. Ils assurent que ceux-ci sont plus modérés et pragmatiques que ceux qui ont été chassés en 2001. Le général Graeme Lamb, à la tête du programme de désarmement des talibans, a déclaré : "Ces talibans sont des gens du coin. L’immense majorité d’entre eux combattent pour gagner leur vie et non pour des raisons idéologiques."

Pourtant, ce que vivent les femmes dans les zones tenues par les talibans contredit l’idée que les rebelles d’aujourd’hui leur seraient moins hostiles que ceux d’antan. Selon un rapport inédit de Human Rights Watch (HRW), réalisé à partir d’entretiens menés avec 90 femmes dans quatre provinces du pays, les femmes de ces régions sont privées de tout droit. Intitulé "Le taliban à 10 dollars et les droits des femmes : les femmes afghanes et les risques de la réintégration et de la réconciliation", ce rapport publié le 13 juillet démonte le concept du "taliban à 10 dollars", qui ne combattrait que pour de l’argent. Cette idée est mise en avant par les Etats-Unis et l’OTAN afin de faire accepter plus facilement l’idée d’un partage du pouvoir avec les talibans aux opinions occidentales, qui s’étaient auparavant entendu dire qu’ils étaient l’ennemi à abattre.

Le 13 avril 2010, Hossai, 22 ans, qui travaillait au service d’une organisation américaine d’aide au développement, s’est fait tirer dessus alors qu’elle sortait du travail. Elle est morte le lendemain. Elle avait été menacée par les talibans la semaine précédente. Les menaces sont souvent formulées par écrit, dans des lettres qui sont déposées la nuit devant la porte de l’intéressée – les "lettres de nuit"– ou à la mosquée du coin. Peu après l’assassinat de Hossai, Nadia, embauchée par une ONG internationale, a reçu une lettre lui ordonnant de ne plus travailler pour des infidèles. "De même que nous avons tué Hossai hier, dont le nom était sur notre liste, ton nom et celui d’autres femmes sont sur notre liste", ajoutait le courrier. Fin 2009, dans la province de Kapissa, à l’est de Kaboul, les femmes ont reçu l’ordre de ne plus téléphoner aux stations de radio pour demander que soient diffusées leurs chansons préférées sous peine de se faire décapiter ou asperger d’acide. Les écoles de filles, qui avaient refait leur apparition après 2001, reçoivent une fois de plus l’ordre de fermer. Dans la province de Kunduz, dans le nord, le chef des talibans locaux a ordonné que les filles n’aillent plus à l’école après la puberté. Le rapport de HRW demande que les femmes soient impliquées dans les négociations avec les talibans pour pouvoir défendre leurs intérêts. On voit mal comment ce serait possible, déclare une députée : "Les talibans préfèrent laisser une femme mourir dans la rue plutôt que de lui permettre d’entrer dans un restaurant où des hommes sont attablés. Voilà le genre de personnages à qui nous avons affaire."

Patrick Cockburn

29 juillet 2010
Courrier international
http://www.courrierinternational.com/article/2010/07/29/ne-sacrifiez-pas-les-femmes
The Independant

lundi 19 juillet 2010

Le sacrilège de lapidation

Si chacun trouve des justifications à la violence, il y a des actes inadmissibles. En France, la légitime défence est une raison excusant la violence. On voit que le motif de la violence n'est pas dans le type d'acte ou son intensité. Sa légitimation est dans le fait qu'il y a un intérêt immédiat supérieur.

Certaines personnes jouent à Dieu. Alors qu'elles pensent le défendre, elles sont en plein sacrilège. Celui qui se réclame de Dieu en lapidant commet un blasphème et mériterait la lapidation.
Si vous rencontrez une personne ayant pratiqué la libération, assurez-vous de sa position actuelle, de sa rédemption. Sinon, enfermez-le afin qu'il ne reproduise pas sa barbarie. Si vous voyez quelqu'un en train de lapider, éliminez-le immédiatement.

Regardez les vidéos suivantes et mettez-vous en colère pour que vous n'oubliiez pas d'agir.

Théophile Sibelle


Source : http://www.iran-resist.org/article3555.html


Source : http://www.youtube.com/watch?v=j5RAXJzyp8Q

samedi 3 avril 2010

Mutilations sexuelles féminines : une violence toujours d'actualité

En 2009, le nombre de femmes victimes de mutilations sexuelles dans le monde est estimé entre 100 et 140 millions. Ces mutilations, liées à des rites traditionnels, sont douloureuses, traumatisantes physiquement et psychiquement. Elles peuvent entraîner des complications, des séquelles, voire le décès.
Cette pratique rituelle, désormais internationalement reconnue comme une violation des droits de l'Homme, est juridiquement condamnable en France.
Mise en garde, prévention, éducation des femmes et des familles concernées, soins de réparation, requièrent une prise de conscience de chacun et en particulier des soignants.


De 100 à 140 millions de femmes dans le monde sont mutilées sexuellement. Sur le continent africain, on estime à 130 millions le nombre de femmes mutilées sexuellement, et à 3 millions par an le nombre de nouvelles victimes fillettes et adolescentes (1,2).
28 pays africains sont concernés (2,3). Au début des années 2000, la proportion de femmes excisées variait de 1,4 % au Cameroun à 97 % en Egypte et 99 % en Guinée Conakry (1,2). Les femmes peuvent avoir été excisées dans leur pays d'origine mais ne sont pas à l'abri de ces mutilations dans les pays d'émigration. Dans ces pays, on estime le nombre de femmes émigrées excisées à 6,5 millions.
53 000 femmes adultes auraient été excisées en France même et 6 000 à 7 000 en Suisse (a) (2,4,5).
En France, les femmes susceptibles d'avoir subi des mutilations sexuelles sont surtout originaires du Sénégal. du Mali, de Mauritanie, et de Guinée Conakry (1). La principale cause d'excision est l'appartenance ethnique (notamment les ethnies pular/toucouleur, soninké et bambara) et non la religion islamique (b) (l,2,5,6).

Des mutilations plus ou moins importantes.
Les mutilations sexuelles féminines sont d'importance variable. mais unîtes peuvent entraîner complications, séquelles durables, et parfois le décès. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) distingue 4 types de mutilations :
I : excision du prépuce (capuchon) souvent associée à une clitoridectomie partielle ou totale ;
II : excision du prépuce, du clitoris avec ablation partielle ou totale des petites lèvres ;
III : excision totale ou partielle des organes génitaux externes, suture des bords de la plaie ne laissant qu'une ouverture vaginale de faible diamètre. On parle alors d'infibulation ;
IV : sont regroupées dans ce type des pratiques diverses : introduction de substances corrosives clans le vagin, ablation de l'anneau hyménéal, etc. (c) (2,5,6,7).
Les mutilations sont pratiquées dès l'enfance, le plus souvent avant la puberté (d) (6). On peut considérer qu'il y a là subordination de mineures. La mutilation peut aussi être réalisée juste avant le mariage, voire après la première naissance. Certaines femmes, au cours de leur vie féconde, sont victimes d'infibulations répétées (après chaque naissance, un divorce, un veuvage) (6).

Conséquences et complications.
Les mutilations sexuelles sont réalisées en général sans souci d'hygiène ni prise en compte de la douleur (5).
Selon les conditions de l'acte et le type de mutilation pratiquée, les complications parhémorragie ou infection sont parfois mortelles. Les complications à court terme se manifestent par une douleur voire un état de choc, des hémorragies, des infections, un risque de rétention urinaire, etc. Les complications à long terme se traduisent par des infections pelviennes, une atteinte des organes voisins (fistules vésicovaginales ou rectovaginales entraînant des incontinences), des difficultés menstruelles, des difficultés durant la grossesse, et à l'accouchement avec des déchirures périnéales et une souffrance fœtale, etc. (1,2,7).
Ces atteintes physiques peuvent s'accompagner de souffrances psychologiques : altération de la relation sexuelle avec diminution voire abolition du plaisir sexuel, angoisse, dépression (parfois jusqu'au suicide) (1,2,7).
Ces mutilations sont en outre fréquemment associées à d'autres formes de violence sur les femmes (e) (1,5).

Le poids de la tradition, le silence du tabou.
Le rite de la mutilation sexuelle féminine est un signe d'appartenance à une communauté. Ce rite répond notamment à la croyance que les organes génitaux externes féminins sont sales, inesthétiques ; leur excision est vue comme une purification et l'obtention du statut de femme désirable. Il est aussi l'expression du pouvoir de l'homme asservissant la femme en la privant de la plénitude de sa jouissance sexuelle.

Pression sociale.
Une très forte pression sociale est exercée sur les femmes pour qu'elles ne se rebellent pas contre les traditions et perpétuent la coutume ancestrale (7).
Beaucoup de femmes ayant subi une mutilation sexuelle ne la reconnaissent pas comme telle, mais comme le prix à payer pour être considérée comme "femme", membre d'une communauté. Tout en étant des victimes, elles ne font pas toujours de lien direct entre les mutilations subies et les problèmes de santé qui en découlent. Certaines d'entre elles considèrent parfois comme positif que leurs filles subissent la tradition (5,7).
Les mutilations sexuelles sont interdites par la loi et condamnées dans de nombreux pays du monde. Elles sont passibles de lourdes peines en France (8,9).

En pratique : un accès aux soins dans un climat de confiance.
Les femmes mutilées sexuellement maîtrisent souvent mal la langue du pays d'accueil, gardent leur secret au plus intime d'elles-mêmes et ne souhaitent pas qu'il soit révélé. Elles ont pourtant besoin de soins appropriés, curatifs voire réparateurs, par des soignants formés au dialogue et à la connaissance de ces pratiques traditionnelles (7). Ces femmes mutilées, particulièrement les adolescentes, n'entrent pas aisément d'elles-mêmes dans un circuit de soins et ce sont souvent les sages-femmes, à l'occasion d'une grossesse, qui en font tardivement le constat (5).
Les femmes excisées ont intérêt à ce que le dépistage soit élargi, pour orienter ces femmes vers des services compétents, y compris de chirurgie réparatrice (f) (l,5,10,11).

Informations et prise en charge spécifiques.
Les soins sont l'occasion pour les soignants d'informer les femmes des lois existant en France et ailleurs, de les orienter vers des associations de conseil et d'assistance, spécialisées dans ces problèmes. Les mutilations sexuelles féminines représentent un problème médical et psychosocial avec des dimensions éthiques et légales. Les aborder exige des connaissances interculturelles, des compétences spécifiques y compris dans le domaine de la communication, du dialogue.
Une information sans relâche des femmes, des couples. des fillettes concernés, la formation des soignants et autres intervenants, l'application des mesures législatives prévues en France et ailleurs sont essentielles pour parvenir à la disparition des mutilations sexuelles féminines et à l'exercice du droit des femmes à disposer de leur corps et à décider de leur sexualité.

Prescrire

a- En France, cette estimation faite par l'Institut national d'études démographiques (INED) date de 2004 et concerne les femmes de plus de 18 ans. On ne connaît pas la proportion de femmes excisées avant ou après leur émigration. En 2008, une enquête dans 42 maternités de la région Provence-Alpes-Côte-D'azur a estimé à 3 000 le nombre de femmes excisées dans la région et à 60 000 le nombre de femmes et fillettes excisées ou menacées de l'être en France (réf. 2,4).
b- Au Niger, 2 % de la population féminine est excisée alors que le pays est presque entièrement de religion musulmane, contre 90 % au Mali également musulman, et 75 % en Ethiopie, alors qu'un tiers seulement de la population est musulmane. Aucun texte islamique ne préconise l'excision (réf. 2,5,6). L'excision se pratique cependant surtout dans des pays africains islamisés. Le prophète Mahomet se serait opposé a l'infibulation parce qu'il la jugeait préjudiciable a la santé sexuelle des femmes (réf. 6).
c- Dans le cas d infibulation,. on lie généralement les jambes de la victime, le plus souvent une fillette, des chevilles aux genoux, jusqu'à ce que la plaie soit cicatrisée, ce qui peut prendre une quarantaine de jours (réf. 6).
d- Dans de nombreux pays africains, les enfants subissent un rite traditionnel à la puberté pour accéder a l'âge adulte : la circoncision pour les garçons et l'excision pour les filles (réf. 6).
e- Les "violences faites aux femmes" comprennent des mariages précoces ou forcés, des violences conjugales, communautaires, etc. Pour les femmes exilées mutilées ou violentées, la reconnaissance du droit d'asile peut être envisagée en France (réf. I). Une décision de 2009 de la Cour nationale du droit d'asile a confirmé la protection juridique en France des filles (et de leur mère) contre un risque d'expulsion vers un pays où elles risquent d'être excisées (réf. 12).
f- Des techniques chirurgicales visant à restaurer une anatomie normale et à obtenir un organe si possible fonctionnel. Cette intervention est prise en charge par l'assurance maladie en France (réf. 2,11).


Extraits de la veille documentaire Prescrire.
1- Comede "Violences et santé. Mutilations sexuelles et mariages forcés". ln : "Guide pratique 2008. Prise en charge médico-psycho-sociale des migrants/étrangers en situation précaire" Paris 2008 : 275-279.
2- Andro A et Lesdingand M "Les mutilations sexuelles féminines : le point sur la situation en Afrique et en France" Population et sociétés 2007 ; (438) : 1-4.
3- Organisation mondiale de la santé. Soixante et unième assemblée mondiale de la santé. Rapport du secrétariat "Mutilations sexuelles féminines" 20 mars 2008. Site vvww.who-int consulté le 6 juin 2008 : 3 pages.
4-"Enquête sur les mutilations sexuelles dans les maternités de Paca" Dépêche AFP du 25 janvier 2008 : l page
5-Renteria SC "Mutilations génitales féminines – l'adolescente en quête de réponses" Revue médicale suisse 2008 : (4) : 1445-1450
6- Lévy I "Les religions face aux grands événements de la vie" In : "Soins, cultures et croyances. Guide pratique des rites, cultures et religions à l'usage des personnels de santé et des acteurs sociaux" 2e édition, Estem 2008 : 155-157
7-Bonnet J et Vincent-Suter S Mutilation génitales féminines : invitation au dialogue" Soins infirmiers 2007 (9) : 46-49.
8-Ministère de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement, ministère de la Santé et des Solidarités, ministère délégué à la Cohésion sociale et à la Parité "Protégeons nos petites filles de l'excision" 2006. Site www.femmes-egalite.gouv.fr consulté le 6 juin 2008 : 8 pages.
9-Code Pénal partie législative titre II "Des atteintes à la personne humaine" articles 222-9, 222-10,222-16-2. Site www.legifrance.gouv.fr consulté le 6 juin 2008 : 7 pages.
10-RichardGuerroudj N "Réparation de l'excision. La sage-femme au cœur du dispositif" Profession Sage-Femme 2008 : (144) : 36- 38.
11-Foldes P "Chirurgie plastique reconstructrice du clitoris après mutilation sexuelle" Progrès en urologie 2004 ; (14) : 47-50.
12-"Excision : une importante décision de la Cour nationale du droit d'asile - 13 mars 2009". Site www.france-terre-asile.org consulté le 18 juin 2009 : 1 page.


Septembre 2009
La revue Prescrire
Tome 29 - N° 311 - Page 704-706

jeudi 7 janvier 2010

Adresse à celles qui portent volontairement la burqa

Après que les plus hautes autorités religieuses musulmanes ont déclaré que les vêtements qui couvrent la totalité du corps et du visage ne relèvent pas du commandement religieux mais de la tradition, wahhabite (Arabie Saoudite) pour l'un, pachtoune (Afghanistan/Pakistan) pour l'autre, allez-vous continuer à cacher l'intégralité de votre visage ? Ainsi dissimulée au regard d'au- trui, vous devez bien vous rendre compte que vous suscitez la défiance et la peur, des enfants comme des adultes. Sommes-nous à ce point méprisables et impurs à vos yeux pour que vous nous refusiez tout contact, toute relation, et jusqu'à la connivence d'un sourire ? Dans une démocratie moderne, où l'on tente d'instaurer transparence et égalité des sexes, vous nous signifiez brutalement que tout ceci n'est pas votre affaire, que les relations avec les autres ne vous concernent pas et que nos combats ne sont pas les vôtres. Alors je m'interroge : pourquoi ne pas gagner les terres saoudiennes ou afghanes où nul ne vous de mandera de montrer votre visage, où vos filles seront voilées à leur tour, où votre époux pourra être polygame et vous répudier quand bon lui semble, ce qui fait tant souffrir nombre de femmes là- bas ? En vérité, vous utilisez les libertés démocratiques pour les retourner contre la démocratie. Sub version, provocation ou ignorance, le scandale est moins l'offense de votre rejet que la gifle que vous adressez à toutes vos soeurs opprimées qui, elles, risquent la mort pour jouir enfin des libertés que vous méprisez. C'est aujourd'hui votre choix, mais qui sait si demain vous ne serez pas heureuses de pouvoir en changer. Elles ne le peuvent pas... Pensez-y.

Elisabeth Badinter

Jeudi 9 juillet 2009
Le Nouvel Observateur
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2331/articles/a405327-.html?xtmc=burqabadinter&xtcr=4