lundi 16 août 2010

Une femme soupçonnée d'adultère exécutée en public par des Talibans

Une Afghane, veuve et enceinte, accusée d'adultère, a été exécutée en public par des Talibans dimanche dans le nord-ouest de l'Afghanistan. Après lui avoir infligé 200 coups de fouet, ses bourreaux lui ont tiré trois balles dans la tête.

AFP - Une Afghane, veuve et enceinte, a été fouettée avant d'être exécutée en public de trois balles à la tête par les talibans qui l'accusaient d'adultère a indiqué lundi à l'AFP la police locale, ce que le commandement des talibans a démenti.
Bibi Sanubar, 35 ans, a été retenue pendant trois jours par des talibans, a reçu 200 coups de fouet, puis a été exécutée en public dans un bastion taliban de la province de Badghis, dans l'ouest de l'Afghanistan, selon Ghulam Mohammad Sayeedi, le numéro 2 de la police provinciale.
Les talibans accusaient la veuve d'adultère.
"Elle a été exécutée de trois balles dans la tête en public alors qu'elle était enceinte", a déclaré M. Sayeedi qui ne précise pas depuis quand elle était veuve.
La victime a été tuée par un commandant taliban local, Mohammad Yousuf. Son corps a ensuite été jeté dans un secteur contrôlé par les forces afghanes de sécurité.
Interrogé par l'AFP, un porte-parole régulier des talibans, Yousuf Ahmadi, a démenti toute implication des talibans et fustigé la "propagande des médias occidentaux".
"Nous n'avons rien fait de la sorte à Badghis ou dans une autre province", a déclaré M. Ahmadi.
Le mouvement des insurgés talibans n'est pas homogène, et des petits groupes talibans peuvent parfaitement agir de manière autonome.
Cette exécution rappelle les procès conduits sous le régime des talibans. Les scènes de lapidation de personnes coupables d'adultère aux yeux des talibans avaient émaillé les années 1996-2001.
Les talibans, qui prônent une application rigoriste de la loi islamique, coupaient mains et pieds aux Afghans reconnus coupables de vol.
Fin décembre 2009, six "espions" afghans avaient été décapités par des talibans dans l'Oruzgan, un fief des insurgés du sud de l'Afghanistan.
Les talibans qualifient d'"espions" à la solde des forces internationales les Afghans qui travaillent pour elles ou ceux qui ont des positions plus modérées que les leurs, y compris chez les rebelles.

Dépêche AFP

Lundi 9 août 2010
France 24
http://www.france24.com/fr/20100809-femme-veuve-enceinte-soupconnee-adultere-executee-public-taliban-afghanistan

lundi 2 août 2010

Ne sacrifiez pas les femmes !

Les Etats-Unis et l'OTAN semblent privilégier une stratégie de réconciliation avec les talibans. Mais les femmes craignent un retour à une privation totale de leurs droits et alertent sur les menaces et meurtres commis dans les régions encore contrôlées par les rebelles.



En Afghanistan, dans les zones tenues par les talibans, les femmes se disent à nouveau inquiétées par les rebelles. Elles reçoivent des lettres les menaçant de mort si elles continuent à exercer librement leur profession. Les défenseurs des droits de l’homme craignent qu’un accord avec les rebelles [tel celui évoqué lors de la Conférence internationale de Kaboul, qui s’est tenue le 20 juillet] ne sacrifie les droits des femmes du pays. Beaucoup pensent qu’elles seront à nouveau réduites à une condition proche de l’esclavage, comme entre 1996 et 2001, lorsque les talibans régnaient sur une grande partie du pays. La guerre se trouve aujourd’hui dans une impasse et les dirigeants afghans et étrangers préparent le terrain pour des pourparlers avec les talibans. Ils assurent que ceux-ci sont plus modérés et pragmatiques que ceux qui ont été chassés en 2001. Le général Graeme Lamb, à la tête du programme de désarmement des talibans, a déclaré : "Ces talibans sont des gens du coin. L’immense majorité d’entre eux combattent pour gagner leur vie et non pour des raisons idéologiques."

Pourtant, ce que vivent les femmes dans les zones tenues par les talibans contredit l’idée que les rebelles d’aujourd’hui leur seraient moins hostiles que ceux d’antan. Selon un rapport inédit de Human Rights Watch (HRW), réalisé à partir d’entretiens menés avec 90 femmes dans quatre provinces du pays, les femmes de ces régions sont privées de tout droit. Intitulé "Le taliban à 10 dollars et les droits des femmes : les femmes afghanes et les risques de la réintégration et de la réconciliation", ce rapport publié le 13 juillet démonte le concept du "taliban à 10 dollars", qui ne combattrait que pour de l’argent. Cette idée est mise en avant par les Etats-Unis et l’OTAN afin de faire accepter plus facilement l’idée d’un partage du pouvoir avec les talibans aux opinions occidentales, qui s’étaient auparavant entendu dire qu’ils étaient l’ennemi à abattre.

Le 13 avril 2010, Hossai, 22 ans, qui travaillait au service d’une organisation américaine d’aide au développement, s’est fait tirer dessus alors qu’elle sortait du travail. Elle est morte le lendemain. Elle avait été menacée par les talibans la semaine précédente. Les menaces sont souvent formulées par écrit, dans des lettres qui sont déposées la nuit devant la porte de l’intéressée – les "lettres de nuit"– ou à la mosquée du coin. Peu après l’assassinat de Hossai, Nadia, embauchée par une ONG internationale, a reçu une lettre lui ordonnant de ne plus travailler pour des infidèles. "De même que nous avons tué Hossai hier, dont le nom était sur notre liste, ton nom et celui d’autres femmes sont sur notre liste", ajoutait le courrier. Fin 2009, dans la province de Kapissa, à l’est de Kaboul, les femmes ont reçu l’ordre de ne plus téléphoner aux stations de radio pour demander que soient diffusées leurs chansons préférées sous peine de se faire décapiter ou asperger d’acide. Les écoles de filles, qui avaient refait leur apparition après 2001, reçoivent une fois de plus l’ordre de fermer. Dans la province de Kunduz, dans le nord, le chef des talibans locaux a ordonné que les filles n’aillent plus à l’école après la puberté. Le rapport de HRW demande que les femmes soient impliquées dans les négociations avec les talibans pour pouvoir défendre leurs intérêts. On voit mal comment ce serait possible, déclare une députée : "Les talibans préfèrent laisser une femme mourir dans la rue plutôt que de lui permettre d’entrer dans un restaurant où des hommes sont attablés. Voilà le genre de personnages à qui nous avons affaire."

Patrick Cockburn

29 juillet 2010
Courrier international
http://www.courrierinternational.com/article/2010/07/29/ne-sacrifiez-pas-les-femmes
The Independant